Surmonter sa peur de la chute !

Un des principaux obstacles que je rencontre en grimpant en premier de cordée, c’est la peur de la chute. Tout se passe bien jusqu’à ce que l’idée de tomber avant d’avoir clipé la dégaine suivante s’installe dans mon esprit. À ce moment-là, mon corps se fige, le stress monte, et je perds tous mes moyens. Résultat : une voie que je maîtrise parfaitement en moulinette se transforme en un véritable défi en tête.

Cette peur a une origine psychologique profonde, liée à notre instinct de survie. Face à une menace perçue, notre système cherche instinctivement des moyens de limiter les risques et d’augmenter nos chances de survie. Ces mécanismes se manifestent à la fois dans notre cerveau et dans notre comportement. Nos réactions instinctives peuvent être de trois ordres : combattre, fuir ou rester immobile pour passer inaperçu. Dans mon cas, je me fige en espérant que mes dégaines se clipperont toutes seules.

Cette situation de peur déclenche une libération d’hormones de stress, ainsi qu’une réponse physiologique qui nous amène à prendre conscience de notre angoisse. C’est là que l’expérience émotionnelle devient consciente : on réalise qu’on a peur. Si cette sensation se répète trop souvent, elle risque de s’ancrer dans nos souvenirs et de s’associer à l’activité elle-même, ce qui peut, à long terme, éroder notre confiance.

Pourtant, lorsqu’on parvient à dépasser cette peur en se rappelant qu’on est bien encordé·e et que le risque de blessure est minime, un effet régulateur se produit. En affrontant une peur de manière contrôlée, dans un environnement sécurisé, notre cerveau libère des hormones de récompense, comme la dopamine ou les endorphines. Ces substances transforment notre stress initial en un sentiment de soulagement, voire de plaisir. D’ailleurs, une fois redescendue, je ressens toujours une grande fierté d’être parvenue en haut du mur.

Cette peur est tout à fait normale, et il s’agit surtout de trouver un équilibre. Par exemple, lors d’une sortie en extérieur dans un dévers, il est préférable d’avoir conscience du risque réel et de grimper ou d’assurer avec précaution pour éviter toute blessure. Cette peur est saine et instinctive. Cependant, dans notre séance habituelle à Zéro Gravité, elle ne doit pas devenir une pensée limitante qui affecterait notre confiance en nous et alimenterait des idées négatives du type : « Je vais me ridiculiser en tombant à ce mouvement. »

Un travail de pleine conscience peut nous aider à prendre conscience de ces réactions physiologiques et à comprendre qu’elles sont simplement liées au stress et à la peur. Il devient alors plus facile de se rappeler qu’on est en sécurité, que tomber fait partie de l’apprentissage, et que notre partenaire est là pour nous protéger. Une fois qu’on visualise cette peur, il est plus simple de la déjouer par la suite.

Les exercices de respiration sont également des outils précieux pour calmer notre rythme cardiaque et recentrer notre attention sur nos appuis plutôt que sur le vide. Inspirons-nous du yoga pour ces exercices. Par exemple, le Nadi Shodhana (respiration alternée) permet de calmer le mental avant une voie difficile. Le Sama Vritti (respiration carrée) consiste à inspirer, retenir son souffle, expirer et garder les poumons vides sur une même durée, par exemple quatre secondes à chaque étape, ce qui est particulièrement utile durant les passages techniques. Enfin, le Vinyasa synchronise mouvement et respiration : on inspire en préparant une prise, on expire en poussant.

Ces exercices de respiration permettent d’éviter des erreurs courantes, comme bloquer sa respiration en effort, ce qui augmente le risque de tension musculaire, ou respirer trop rapidement, ce qui peut entraîner une perte de contrôle.

Une autre astuce consiste à utiliser des phrases mantras qui nous font du bien, comme : « J’ai déjà réussi ce mouvement en moulinette, je suis capable de tenir cette prise » ou « Je lâche prise, je suis en sécurité ».

Les exercices d’équilibre sur les mains, comme ceux travaillés durant les cours de yoga ascension, peuvent également nous aider à nous familiariser avec l’idée de la chute et à rester en contrôle de nous-mêmes et de notre coordination.

Et si tous ces conseils ne suffisent pas à diminuer votre peur de la chute, il existe un ultime exercice, peut-être le plus important : organiser des sessions de chute avec son ou sa partenaire d’escalade.
Cela permet de renforcer le lien de confiance et la communication, non seulement avec l’autre, mais aussi avec soi-même. À partir de la cinquième dégaine, vous pouvez vous entraîner à faire des chutes de plus en plus engagées. Une fois à l’aise, vous pourrez procéder à des chutes moins préparées, par exemple à la fin de chaque voie ou après chaque dégaine (toujours après la cinquième pour des raisons de sécurité). Il est préférable de pratiquer cet exercice plusieurs fois par session, plutôt que de tout concentrer en une seule fois.

Quelques rappels importants : il est essentiel de prendre en compte les différences de poids et l’aisance de votre partenaire. Pour bien chuter ou dynamiser une chute, il ne faut pas se jeter en arrière ou se replier sur soi-même, mais plutôt chuter en arrière ou « à plat ». N’oubliez pas non plus de dynamiser les chutes en fonction des différences de poids.

Il peut nous arriver de vivre des petites chutes ou des grosses chutes, qui provoquent en nous une réaction de peur, quelle que soit leur ampleur. Dans ces cas-là, il est primordial de retrouver confiance en soi et en son partenaire de cordée pour appréhender ce risque comme faisant simplement partie de l’exercice. L’objectif n’est pas de renforcer ses craintes en s’obligeant à retourner immédiatement dans le projet qui nous a fait tomber, mais bien de s’outiller pour se prouver qu’on peut surmonter cette épreuve.N’hésitez pas à demander des conseils aux membres du staff pour vous accompagner dans cette démarche.


Références :
Z Health Education. (s. d.). La peur de tomber provoque des chutes : un exercice clé pour surmonter la peur. zhealtheducation.com
Lecrux, P. (2023, 15 novembre). Ce qui se passe dans notre cerveau quand on a peur. The Conversation. theconversation.com

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