En scrollant sur les réseaux sociaux, je tombais sur des contenus d’escalade montrant des hommes plus souvent que des femmes. C’est la même chose pour les récits d’ascensions et d’aventures. Non pas que les récits au féminin n’existent pas, mais semblent manquer de visibilité. C’est ce que révèle, entre autres, le podcast Learn From Altitude, coproduit par Mountain Path et Globule Radio en partenariat avec Simond, et présenté par Stéphanie et Blaise Agresti. À travers des récits captivants, cette émission donne la parole à celles qui, depuis des décennies, transforment l’escalade et l’alpinisme par leur audace et leur détermination.
Cet article a pour ambition de mettre en lumière quelques-unes de ces femmes badass et inspirantes, dont les exploits méritent d’être célébrés, partagés et connus. Des pionnières comme Lucy Walker, qui gravissait le Cervin en jupe en 1871, aux athlètes contemporaines qui brisent les plafonds de verre dans les compétitions ou l’ouverture de voies, leur héritage est bien plus qu’une note en bas de page de l’histoire de l’escalade. Il est temps de leur donner la place qu’elles méritent.
L’escalade moderne trouve ses racines à la fin du XIXe siècle, alors qu’elle n’est qu’un moyen pour les alpinistes d’atteindre des sommets inaccessibles. Petit à petit, les sportifs y voient un potentiel d’entraînement et d’amélioration de leurs performances physiques. Les premières compétitions officielles apparaissent en 1947, marquant un tournant : l’escalade devient une discipline à part entière, avec ses propres techniques, ses normes de sécurité et ses catégories (bloc, voie, alpinisme).
Dès les années 1930, les premier·ère·s ouvreur·euse·s tracent les voies qui feront la renommée de l’escalade. Pourtant, quand on évoque les figures marquantes de cette histoire, les noms des femmes sont rarement cités. Elles ont pourtant participé à enrichir et développer ce milieu, parfois en ouvrant des voies, parfois en brisant des barrières sociales. Les marques et les sponsors privilégient souvent les alpinistes et grimpeurs hommes, et les récits de sportives de haut niveau restent plus rares. Les femmes doivent se faire une place dans un monde majoritairement masculin.
La première, Lucy Walker, une alpiniste Britannique née à Toronto, est l’une des première femme dont on rapporte les performances aux débuts de l’histoire de l’escalade. À l’été 1871, elle est la première femme à gravir le Cervin. Ce mont à la forme pyramidale est le douzième sommet le plus élevé des Alpes, dans le massif du Mont-Blanc. Son ascension est un défi exigeant en durée (4 à 6 heures de montée, autant de descente) et en technique, dues aux multiples passages d’escalade, aux arêtes aériennes et les pentes en neige ou glace. Elle réalise l’ascension dans une tenue Victorienne – en jupe longue et en corset. Il faut prendre conscience de la difficulté ajoutée par l’encombrement imposé par ses vêtements.
Cet évènement prend place seulement six ans après la première ascension du Cervin par Edward Whymper, marquant un tournant dans l’histoire de l’alpinisme. Son succès fut entaché d’une tragédie lors de la descente, où quatre membres de la cordée tombèrent dans un précipice à cause d’une corde rompue.

Les années 1980 sont quant à elles marquées par l’évolution des technologies d’ancrages permanents, offrant alors de nouvelles possibilités pour le milieu de l’escalade de corde. Les grimpeuses et grimpeurs peuvent explorer de nouvelles façades autrefois inaccessibles, comme les parois lisses ou l’extérieur de fissures.
Certaines figures féminines marquent cette période en s’imposant comme des actrices clés du développement du sport.
Citons d’abord Thérèse Dumesnil a joué un rôle clé dans la promotion de l’escalade à Val-David dans les années 1970-1980 auprès d’un public plus large et féminin. Elle a contribué à populariser le sport et à encourager la participation des femmes dans ce milieu, en étant vice-présidente de la FQME dans les années 70, et en réalisant de nombreux articles, notamment « Salut les filles ! », dans lequel elle invitait explicitement les femmes à s’aventurer en montagne et à briser les stéréotypes de genre dans les sports de plein air.

En France, Catherine Destivelle a quant à elle dominé l’escalade sportive dans les années 1980. Elle a été la première femme a remporté des compétitions internationales d’escalade. Elle réalise la première ascension féminine d’une voie cotée 5.13c (“ Choucas”, Boux, France), en 1988.
Dans les années 90, Martine Lavallée se distingue dans le milieu en participant activement à l’ouverture de voies ainsi que l’expansion et la diversification de l’escalade dans les Laurentides et en Lanaudière, notamment dans des secteurs comme « La dame de cœur » et son sous-secteur des « Fées ».
Aujourd’hui, les femmes québécoises brillent en escalade de voie, en compétition et en alpinisme. Voici quelques figures inspirantes, que j’encourage à suivre et à soutenir pour leurs engagements et leurs exploits sportifs. Annie Chouinard se tourne vers l’escalade après une carrière en équitation et réalise des performances exceptionnelles, comme l’ascension de « Come on » (5.14a) à Orford, devenant la septième Canadienne à grimper ce niveau.

Corinne Baril est la première cheffe ouvreuse pour une compétition nationale au Canada. Elle marque l’histoire de l’escalade en brisant un plafond de verre dans un domaine traditionnellement dominé par les hommes. Son expertise et son leadership ont permis de créer des voies innovantes et accessibles, inspirant une nouvelle génération de grimpeuses et d’ouvreuses.
Si vous étiez membres à Zéro Gravité l’année passée, vous avez peut-être entendu parler de Nathalie Fortin, qui a donné une conférence-causerie sur l’alpinisme et les femmes dans ce milieu. Alpiniste et grimpeuse, elle a fondé le groupe « Des femmes et des lames », qui initie de nombreuses femmes à l’escalade de glace et au « dry tooling ». Elle milite aussi pour la reconnaissance des violences sexistes dans les salles d’escalade et pour une plus grande inclusion des femmes.

Geneviève de la Plante est une grimpeuse québécoise et co-fondatrice de l’« Initiative B.I.G. » (Breaking Ice for Girls), un organisme à but non lucratif visant à promouvoir l’ouverture de voies d’escalade au féminin et à accroître la participation des femmes dans l’escalade, en particulier l’escalade sur glace et l’alpinisme. Aux côtés de Léa Chin et d’autres pionnières, Geneviève travaille à rendre ce sport plus accessible et représentatif pour les femmes au Québec.
Ces initiatives, « Des femmes et des lames » et « Initiative B.I.G. », montrent à quel point la solidarité et l’entraide sont essentielles pour encourager la diversité et l’inclusion dans l’escalade. Ces projets offrent des espaces bienveillants où les femmes peuvent apprendre, se dépasser et s’inspirer mutuellement, tout en contribuant à rendre l’escalade plus accessible et représentative pour toutes.
Grâce à la détermination, aux efforts et aux succès de femmes comme Lucy Walker, Martine Lavallée, Nathalie Fortin et toutes les autres, de plus en plus de femmes s’impliquent dans ce sport, pour y laisser leur propre trace. Cet article ne présente qu’une liste exhaustive de personnalités marquantes et inspirantes. Je vous encourage à vous renseigner davantage sur les parcours de ces femmes qui ont modelé le monde de l’escalade comme nous le connaissons, et celles qui continuent de l’alimenter aujourd’hui ! Un gros bravo à vous toutes !!!
Géraud, A. (s. d.). Marion Poitevin : « Les femmes alpinistes toujours invisibilisées ». Montagnes Magazine. https://www.montagnes-magazine.com/actus-marion-poitevin-les-femmes-alpinistes-toujours-invisibilisees
Learn From Altitude. Coproduit par Mountain Path et Globule Radio, en partenariat avec Simond. Présenté par Stéphanie et Blaise Agresti. Plateforme : Audiomeans, [en ligne]. audiomeans.fr.
Escalade Québec. (2020, 21 mai). L’ouverture au féminin en escalade au Québec. https://www.escaladequebec.com/louverture-au-feminin-en-escalade-au-quebec/
Histoires de chez nous. (s. d.). Années 1980 et 1990 : Val-David, escalade.https://www.histoiresdecheznous.ca/v2/val-david-escalade_rock-climbing/histoire/annees-1980-et-1990/
Photo 1 : Lucy Smith and Pauline Rankin rock climbing in skirts on Salisbury Crags, Edinburgh. 1908. © Harold Raeburn – Digital reproduction or scan of original
Photo 2 : Catherine Destivelle / photo: Rene Robert. Transylvania Mountain Festival.
Photo 3 : Le dernier crux de Come On (5.14a) à Orford, QC, grimpé de façon créative. Photo par Gabriel Laliberté.
Photo 4 : PHOTO OLIVIER DUMAS, FOURNIE PAR NATHALIE FORTIN. Nahtalie Fortin à l’œuvre à la chute Montmorency

